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— Messieurs les Anciens, soyez les bienvenus, déclara Leia.
Elle les salua, s’écarta du seuil de la porte et guida ses invités Ithoriens à l’intérieur de la salle Rhysode. Avec sa coûteuse table de sérénité en bois de roo entourée d’extravagants fauteuils ergonomiques, la pièce détonnait par rapport à l’architecture dépouillée du reste de l’Académie Jedi. En tant que salle de réception principale d’un institut généralement peu ouvert aux visites, l’endroit était également l’un des moins utilisés du complexe.
— J’espère que vous nous pardonnerez pour la décoration, poursuivit Leia, tandis que les Ithoriens investissaient les lieux. C’est le meilleur que nous puissions faire, compte tenu des circonstances.
Ooamu Waoabi – le plus âgé des Ithoriens – passa poliment en revue les distributeurs de boisson automatisés, la holo-installation dernier cri ainsi que la grande baie en transpacier qui surplombait les terrains d’entraînement de l’académie et les salles d’instruction.
— Votre simple présence rendrait n’importe quel endroit agréable, Princesse Leia. Mais nous vous remercions pour votre délicatesse.
— Et nous, pour avoir accepté de venir sur Ossus. (Leia arrivait difficilement à contenir son excitation.) Yan et moi-même devons retourner du côté des Régions Inconnues le plus rapidement possible. Mais avant cela, il y a quelque chose dont je souhaiterais vous parler…
Soudain, deux gardes du corps de l’Alliance Galactique, vêtus de noir, surgirent dans la pièce. Les deux femmes n’étaient pas armées mais leur constitution solide et leur souplesse apparente étaient déjà intimidantes. Leia glissa discrètement une main sur le manche de son sabre laser, et elle vint se placer entre Waoabi et un autre ancien.
— Puis-je vous aider ? demanda-t-elle aux deux gardes.
— Oui. (Les yeux de cobalt de la première garde balayaient tous les recoins de la pièce.) Vous pouvez quitter les lieux.
Tandis qu’elle s’exprimait, la seconde garde avait déjà commencé à sonder les meubles et objets d’art divers à l’aide des antennes duveteuses d’un scanner anti-menace. Leia se tourna vers Yan, mais il était déjà en train d’étudier l’appareil avec un intérêt non feint.
— Ce n’est pas un des multisniffeurs de la Tendrando Arms dont Lando m’a parlé ? (Yan colla son front contre les antennes délicates.) J’ai entendu dire qu’ils pouvaient détecter un gramme de thermaboom à cinquante mètres.
Leia attendit que la première garde termine son examen et déclara :
— Je me ferais un plaisir de quitter les lieux une fois notre réunion terminée. D’ici là, vous pouvez nous attendre à la réception…
— Nous n’avons pas le temps d’attendre. (Cal Omas apparut telle une furie, vêtu d’une tunique de voyage toute froissée, et aussi rouge que ses yeux injectés de sang.) Cette affaire a déjà pris beaucoup trop de mon temps.
— Chef Omas ! s’exclama Leia, incapable de dissimuler son étonnement. Quelle surprise de vous voir ici !
— J’imagine bien. (Omas se dirigea droit vers le bar, tout en ignorant royalement le groupe d’Ithoriens.) Où est Luke ?
— Aucune idée. Mais permettez-moi de vous présenter Ooamu Waoabi et le Conseil des Anciens. Nous étions sur le point de débuter une réunion pour laquelle ils se sont empressés de traverser la galaxie.
Piqué à vif, Omas laissa de côté le verre qu’il venait de remplir et retourna auprès des Ithoriens.
— Waoabi, quel plaisir de vous revoir.
Omas lui adressa un salut, ainsi qu’à chacun des membres du Conseil. En revanche, il ripa sur le nom de la jeune Jedi de liaison, Ezam Nhor. La même qui avait permis son élection au poste de Chef d’Etat.
Puis Omas regagna le bar.
— Pardonnez-moi d’insister. (Il prit son verre de jus de bwago et en sirota une gorgée.) Mais j’ai demandé aux Maîtres Jedi de me rejoindre ici pour parler d’un problème de première importance.
— Et vous risquez d’être déçu, intervint Luke. (Il entra dans la salle, accompagné de Mara et, une fois après avoir salué les Ithoriens, s’approcha du Chef d’Etat.) La plupart des Jedi ne sont pas disponibles. Si, peut-être, vous aviez pris plus de précautions…
— Et si vous ne vous étiez pas cachés sur Ossus, peut-être aurait-on pu l’éviter, rétorqua Omas en lançant à Luke un regard de glace. Pour l’heure, il vous faudra faire avec. L’Aristocra Formbi veut savoir pourquoi l’Alliance Galactique a envoyé une flotte de combat aider la Colonie.
— Pardonnez-moi ? demanda Luke, interloqué. Je n’étais pas au courant.
— Moi non plus, enragea Omas. Et pourtant, une flotte Hapienne a été aperçue à un endroit appelé le nid Lizil.
— Dans la Colonie ? demanda Corran Horn, qui venait lui aussi d’entrer. Que diable fait-elle là ?
— J’espérais que quelqu’un ici puisse me l’expliquer. (Omas se tourna vers Leia.) Vous, peut-être ?
— J’ai bien peur que non, répondit Leia. Ils n’étaient pas d’humeur à répondre à nos questions.
— De qui parlez-vous ? demanda Kyp qui venait de rejoindre le groupe. Il salua les Ithoriens, ignora Omas, et alla rejoindre Yan et Leia. Des Hapiens ?
— Dans le mille, mon gars, rétorqua Yan. Ils voulaient nous interner.
— Vous interner ? répéta Omas en haussant les sourcils. Vous avez croisé la flotte ?
Leia fut soudain prise d’un sentiment de panique.
— Vous ne le saviez pas ?
— Non, répondit Omas d’une voix glaciale.
— Je suis confuse, dit Leia. Nous avons promis de ne rien révéler.
— Et vous l’avait fait, pour de vrai ? reprit Omas.
— Certains d’entre nous honorent encore leurs promesses, fit Yan. Je sais bien que ça sonne un peu vieillot, mais c’est comme ça.
— L’Alliance Galactique ne peut se le permettre pour l’instant, rétorqua Omas. J’espère juste qu’ils n’ont pas déclenché une guerre.
— Leia n’avait pas le choix, intervint Luke. La parole d’un Jedi est sacrée.
Omas baissa la tête.
— Ne me dites pas qu’il y avait des Jedi à bord de ces navires !
— C’était la flotte de Tenel Ka. Et c’est une Jedi, observa Mara.
La remarque fut cinglante, mais Leia apprécia l’aide. Elle s’engagea vers la zone de conférence, suivie par le reste du groupe. Une fois arrivée, elle se retourna et, d’un air amusé, observa Omas se diriger instinctivement vers le siège principal.
— Vous dites ne pas être au courant de cette rencontre avec la flotte. Comment vouliez-vous que nous vous le dévoilions ? fit Leia.
— C’est à cause de votre fils. (Omas finit par s’asseoir sur une chaise juste en face d’elle, tout en laissant traîner son regard sur le cercle noir concentrique, incrusté d’une étoile blanche, dont le schéma se répétait en miniature sur la surface de la table.) Je croyais que Jacen vous avait expliqué pourquoi il avait arrangé cela.
— Jacen ? répéta Yan. (Il s’assit à la droite de Leia.) La dernière fois que je l’ai vu, il n’était roi d’aucun royaume.
— Non, mais Tenel Ka a fait intervenir la flotte Hapienne peu de temps après sa visite. (Omas attendit que Luke, Mara et les autres Maîtres Jedi prennent place, jeta un coup d’œil aux Ithoriens et se résigna à accepter leur présence.) A moins que ce soit une coïncidence. Ce dont je doute.
— Ce n’en était pas une, déclara Jacen, qui venait de surgir à l’intérieur de la salle. Je lui ai demandé d’envoyer la flotte pour venir en aide à la Colonie.
Omas fit pivoter son siège.
— Pourquoi diable avez-vous fait une telle chose ?
Au lieu de répondre, Jacen s’immobilisa et salua chaleureusement les Ithoriens, en les appelant chacun par leur nom. Puis il s’excusa et rejoignit la zone de conférence. Les Ithoriens, aussi perspicaces qu’ils étaient civilisés, restèrent au foyer, accueillant maladroitement Kenth Hammer, Cilghal et les autres Maîtres Jedi.
Jacen vint s’asseoir à côté d’Omas avant de déclarer :
— Je suis un Jedi. Vous devez par conséquent savoir que mes motivations étaient légitimes.
Le parfum apaisant de bois de roo semblait faire effet car Omas ne bougea pas de son siège et regarda Luke assis de l’autre côté de la table.
— Je ne savais pas que Jacen était passé Maître.
— Toutes les opinions de Jedi se valent dans cette salle – y compris pour ceux qui ne se considèrent pas membres de l’Ordre Jedi. (Luke se tourna vers Jacen.) Peut-être devrais-tu t’expliquer.
— Si tu le souhaites, répondit Jacen d’une voix cordiale. J’ai tout simplement essayé d’éviter une guerre.
— Eviter une guerre ? répéta Omas. Les Chiss…
— … ne comprennent que le pouvoir, l’interrompit Jacen. La flotte Hapienne nous laissera du temps pour résoudre le conflit.
— Aux dépends de l’Alliance Galactique, fit remarquer Omas. Les Chiss ont déjà menacé de retirer leurs patrouilles de sécurité si nous ne calmions pas nos Jedi.
Un flash de colère scintilla dans les yeux de Mara – et des autres Maîtres – à l’écoute du mot nos, mais Omas ne sembla pas le remarquer. Au lieu de cela, il se tourna vers Luke.
— Et c’est exactement ce que je vous somme de faire, Maître Skywalker, dit-il. De force, si nécessaire. J’exige que tous nos Jedi, ainsi que la flotte Hapienne, aient rejoint les territoires de l’Alliance Galactique d’ici le mois prochain.
— Ne serait-il pas judicieux de vous entretenir personnellement avec la Reine Tenel Ka ? demanda Leia. Après tout, elle est à la tête de la république de l’Alliance Galactique.
— Mais c’est une Jedi, contre-attaqua Omas. Pour dire la vérité, elle refuse de m’écouter. Elle affirme avoir raison et la discussion s’arrête là.
— Tout comme la nôtre, si nous continuons sur cette lancée, fit Kyp. (Il s’assit à gauche de Leia.) Les Jedi ne répondent pas aux politiciens.
— Comment ? s’étonna Corran, prenant place en face de Kyp. Dans ce cas, à qui devons-nous répondre ? A nous-mêmes ?
— Bien sûr, répondit calmement Jacen. En qui d’autre pouvons-nous avoir confiance ? Il nous faut suivre nos propres consciences.
— C’est une vision quelque peu arrogante, déclara Kenth Hammer. (Il posa ses mains sur la table et se pencha en avant, tout en fixant Jacen droit dans les yeux.) Cela m’inquiéterait d’entendre n’importe quel Jedi dire une telle chose… mais alors vous, Jacen… ?
— Il est plutôt sensé de laisser les Jedi sous le contrôle d’une autorité civile, dit Leia d’une voix raisonnée. Le pouvoir corrompt et ce, même s’il est au service des meilleures intentions.
— Et c’est pourquoi nous plaçons le poids de la pureté sur des épaules plus frêles ? demanda Jacen. Mère, tu as vu s’effondrer deux gouvernements sous le poids de leur propre corruption. Quant au troisième, il est bancal. Crois-tu vraiment que les Jedi doivent rester les outils d’institutions aussi fragiles ?
Leia ne sut que répondre. La question de son fils était presque rhétorique. Il avait été témoin du moment où elle avait déclaré en avoir terminé avec la politique, et il savait plus que quiconque – y compris Yan – combien l’inefficacité du gouvernement de la Nouvelle République l’avait découragée. En vérité, elle était presque de son avis… et aurait agi en conséquence si elle avait trouvé un moyen de mieux régner sur une république galactique.
Voyant que sa mère ne lui répondait pas, Jacen se tourna vers un Omas rouge de colère et déclara :
— Je suis désolé si cela vous a offensé…
— En tous les cas, moi, cela m’a offensé, dit Corran. Les Jedi n’existent que pour servir l’Alliance Galactique.
— Notre devoir concerne la Force, ajouta Kyp d’une voix plus calme, mais aussi plus dure. C’est notre seul devoir.
Kenth Hammer tendit la main en direction de Kyp, dans un geste de conciliation.
— Je pense comme Corran. Servir l’Alliance, c’est servir la Force.
— Ah bon ? demanda Yan, incrédule. (Généralement, il évitait ce genre de débats, mais cette fois-ci, il ne put s’empêcher d’intervenir.) Parce que Corran a laissé entendre que les Jedi n’étaient qu’une horde de larbins à la solde de l’Autorité de Reconstruction. Et qu’ils devaient sagement obéir aux ordres d’Omas.
Furieux, Corran le dévisagea aussitôt.
— Je crois que nous sommes redevables de l’autorité de l’Alliance Galactique, en effet.
— Même si cela provoque une guerre dans une autre partie de la galaxie ? rétorqua Mara. Parce que Jacen a raison. La Force s’étend au-delà de l’Alliance Galactique. Tout comme notre responsabilité.
— Résultat, l’Alliance paie vos dettes, lança Omas. Je vous ordonne donc de placer nos intérêts en premier.
Il y eut soudain un silence de mort autour de la table de conférence. Corran et Kenth lançaient des regards mauvais à Kyp et Mara, qui de leur côté les dévisageaient avec un petit sourire narquois.
Au bout d’un moment, Luke finit par déclarer :
— Lorsque l’Alliance a proposé son aide, cela impliquait l’absence totale de conditions.
— Dans une galaxie idéale, ce serait toujours possible, fit Omas. Mais les finances de l’Alliance se réduisent comme peau de chagrin. S’il fallait remplacer les patrouilles de sécurité Chiss, la seule façon de nous en sortir serait de piocher dans le budget des Jedi.
Kyp planta ses coudes sur le haut de table noire et fixa un à un chacun des Maîtres.
— Eh bien au moins, la question est ouverte. Sommes-nous des Jedi ou des mercenaires ?
Corran ouvrit de grands yeux et le débat se mua aussitôt en une violente bataille d’opinions. Embarrassée, Leia regarda vers le foyer, où les Ithoriens étaient en train de les observer en silence, aussi démunis et oubliés qu’ils l’avaient été cinq ans auparavant.
Leia avait une solution au problème de la Colonie. Une solution qui mettait une nouvelle fois de côté les Ithoriens.
Les voix des Maîtres devenaient de plus en plus fortes et acérées, mais Leia garda son calme. Pis, elle risquait de se sentir coupable. Elle ignorait si la paix en valait la chandelle et craignait de voir les yeux pleins de défaite d’Omas chaque fois qu’elle se regarderait dans le miroir.
— Stop ! finit par s’écrier Luke.
Voyant que Kyp et Corran continuaient à discuter, il se leva et durcit sa voix sans même avoir à l’élever.
— J’ai dit stop, répéta-t-il.
Cette fois, ils se turent.
— Est-ce ainsi que les Jedi résolvent leurs différends ? demanda Luke.
Les deux Maîtres devinrent tout rouges et Corran dit :
— Je suis désolé.
Il faisait ses excuses à Luke plutôt qu’à Kyp. Kyp, de son côté, se contenta de s’enfoncer dans son siège et, tout en évitant de croiser le regard de Corran, fixa l’étoile incrustée à même la table.
— Dommage, marmonna Yan. Ça fait un bail que je n’ai pas assisté à un bon combat au sabre laser.
Leia allait lui refiler un coup de pied sous la table lorsqu’il s’écria :
— Aïe !
— Pardon. (Mara regarda Yan puis Leia.) Je ne faisais que m’étendre.
— Aucun problème, répondit Leia. Je me sentais un peu engourdie, moi aussi.
Dans un silence quasi insupportable, Luke se rassit et se tourna vers Omas.
— Il faudra sûrement du temps pour nous mettre d’accord, Chef Omas. Comme vous pouvez le voir, notre décision est pervertie par le fait que les Chiss agissent contre les Killik, non pas pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils pourraient faire.
Omas hocha la tête, dévisagea chacun de ses interlocuteurs, pour finalement poser son regard sur Luke.
— Je n’en ai tout simplement que faire, Maître Skywalker, répondit-il. Le différend qui oppose les Chiss à la Colonie n’est pas de notre ressort. Point.
Kam Solusar et Tionne arrivèrent à leur tour. Cela faisait plus d’un an que Leia ne les avait pas vus. Mais ils n’avaient pas changé. Kam avait toujours ses cheveux blancs coupés ras et Tionne laissait ses tresses blanches argentées lui tomber sur les épaules. Ils avaient à peine franchi le seuil qu’ils se stoppèrent brusquement, avec l’expression horrifiée de quelqu’un venant de tomber sur une paire de Togoriens.
Leia fut à son tour prise d’un sentiment d’angoisse. Le fossé idéologique qui divisait les membres de l’ordre était en train de se creuser sous leurs yeux, ouvrant un gouffre que des Jedi aussi orgueilleux que Kyp et Corran risquaient d’avoir beaucoup de mal à franchir. Via son plan, elle seule avait le pouvoir de résorber ce fossé – au prix de sa propre conscience.
Kam et Tionne s’assirent l’un à côté de l’autre, face à Luke et Cilghal.
— Nous étions en train de discuter de la situation sur Qoribu, leur indiqua Luke. Le Chef Omas vient de nous apprendre que Tenel Ka avait envoyé une flotte Hapienne aider la Colonie.
Tionne ouvrit en grand ses yeux scintillants.
— Ce n’est pas très bon signe.
— Ça ne fait qu’empirer les choses, fit Corran tout en fixant Jacen. Un Jedi se doit d’être responsable.
— Il a écouté sa conscience, déclara Kyp. Ce qui est…
— A vrai dire, proposa Leia, en coupant Kyp dans son élan. Il existe peut-être un moyen de stopper la guerre et de gagner la confiance des Chiss.
Yan grogna, mais tous les autres se tournèrent vers elle, à la fois soulagés et avides d’en savoir plus.
— Yan et moi avons découvert…
— Euh ? (Yan lui saisit l’avant-bras.) Je peux te parler une minute ?
— Capitaine Solo, si vous avez découvert quelque chose d’utile pour l’Alliance Galactique…, intervint Omas, apparemment mécontent.
— Excusez-moi. (Leia recula sa chaise et attendit que Yan en fasse autant.) Oui, mon cœur ?
Yan lui jeta un regard à moitié paniqué.
— On peut savoir ce que tu fabriques ?
— J’empêche une guerre, murmura Leia. Pour sauver des millions de vies, rabibocher les membres du conseil et préserver l’Alliance Galactique. Ce genre de choses.
— OK, OK. Je vois le topo. (Yan pointa un doigt en direction des Ithoriens.) Et eux ? Ce monde qu’on a trouvé semblait parfait…
— Il est également parfait pour les Killik, fit-elle à contrecœur. Nous nous occuperons d’eux d’une autre façon.
— Comment ? reprit Yan. En demandant à Omas de leur refiler une planète ?
— Non, répondit Leia. En l'obligeant à le faire.
Elle se tourna et offrit son plus beau sourire à Omas.
— Sur le chemin du retour, Yan et moi avons découvert un petit système de planètes inhabitées. Je pense que cela pourrait constituer un environnement parfait pour les nids de Qoribu.
Une vague de questionnements envahit la Force et Leia ne put s’empêcher d’observer les Ithoriens. Ceux-ci regardaient tous dans leur direction, les yeux mi-clos, à moitié résignés – à moins que ce ne fût de la tristesse. Pourtant, lorsque Leia croisa le regard de Waoabi, il plissa à peine les lèvres et hocha la tête. Aucun Ithorien n’accepterait de vivre dans un monde acheté sur le sang de quelqu’un d’autre.
Leia focalisa son attention sur Luke.
— Je propose donc de déplacer les nids de Qoribu sur ces planètes.
— Comment ? demanda Jacen. Il y a quatre nids dans le système. Chacun compte au moins vingt mille Killik. Il est impossible de déplacer un nid Killik. Vous devez le reconstruire à l’intérieur d’un vaisseau, préparer des provisions…
— Je suis convaincue que Tenel Ka réquisitionnera sa flotte pour nous aider, fit Leia. En fait, je compte beaucoup dessus.
— Ça pourrait marcher, finit par acquiescer Jacen, bouche bée.
— Et cela donnera l’impression d’avoir été pensé et réfléchi par les Jedi, ajouta Omas. Brillante idée !
— Tu es sûre pour ces planètes ? demanda Luke à Leia. Elles sont vraiment désertes ?
— On pourrait s’y arrêter sur le chemin de la Colonie et faire un scan du secteur. Mais je suis sûre de moi. L’astrobiologie y est… unique.
— Eh bien, dans ce cas. (Luke regarda les autres Maîtres, qui tous hochèrent la tête.) Il me semble que nous venons de trouver un accord.
L’amertume disparut progressivement de la Force et la tension s’effaça des visages des Maîtres.
— Nous ferions mieux de passer un marché avec le Nid Obscur, intervint Mara. Il risque de ne pas trop apprécier l’idée.
— Le Nid Obscur ? demanda Omas.
— Le nid Gorog, expliqua Luke. La Colonie semble ne pas en connaître l’existence. Nous avons donc décidé de le nommer ainsi.
— Il nous a attaqués à plusieurs reprises, ajouta Mara.
— Pour quelle raison ? demanda Omas.
Mara hésita, ne souhaitant pas mettre le Chef au courant de la vendetta personnelle lancée à son encontre.
— Nous ne sommes pas sûrs, répondit Leia à sa place. Apparemment, le nid ne souhaite pas que nous nous impliquions auprès de la Colonie. D’où leur volonté de nous stopper.
— Peut-être que le Nid Obscur souhaite la guerre, suggéra Jacen.
— Je ne comprends pas, fit Omas. Je croyais que vous aviez convaincu Tenel Ka d’envoyer sa flotte parce que la Colonie essayait d’éviter une guerre.
— La Colonie, répondit Cilghal. Mais pas le Nid Obscur…
— Il a sûrement ses propres raisons, déclara Leia. Il y a comme une sorte de… comment dire… lutte de puissances au sein de la Colonie.
— N’est-ce pas toujours le cas ? demanda Omas, avant de se tourner vers Luke. Cela risque-t-il de vous poser problème ?
— On cherche encore, répondit Mara. Les Gorog sont très secrets. Jusque-là, nous ne les avons croisés qu’à Yoggoy et Taat, mais…
— Aucun problème, l’interrompit Yan. Je peux trouver leur nid.
— Je ne sais même pas si c’est possible, dit Cilghal. La structure spéciale de Gorog risque d’être assez différente de celle des autres nids. Il a peut-être dissimulé des parasites parmi tous les autres.
— Je peux les trouver, j’ai dit. Enfin, le cœur, reprit Yan, suivant les conseils de sa femme de ne pas mentionner les noms de Lomi Plo et de Welk. Faites-moi un peu confiance, quoi.
— Très bien. Luke se tourna vers Omas et ajouta : Mais il va nous falloir emmener une équipe de Jedi suffisamment imposante pour neutraliser le nid. Les Chiss vont prendre peur. Et rien de ce que vous dites ne pourra les rassurer.
— Ils seront rassurés une fois que les Killik auront quitté Qoribu. Je me charge d’eux jusqu’ici. Faites vite, c’est tout, déclara Omas avant de se lever. Sur ce, permettez-moi de…
— Pas si vite, le coupa Yan. On ne vous a pas encore dit ce que ça allait vous coûter.
— Me coûter ? (Omas regarda Luke qui haussa les épaules et lui fit signe d’écouter Yan.) Bien évidemment, l’Alliance Galactique se fera un plaisir de vous défrayer pour toutes les dépenses que le Faucon…
— On vous parle de beaucoup plus que ça. (Yan lui indiqua le siège pour qu’il s’y rasseye.) Vous voyez, avec Leia, on a une idée pour ce groupe de planètes. Et on ne va pas lâcher l’affaire sous prétexte que vous craignez les réactions des Chiss.
— Je ne vous comprends pas, se renfrogna Omas.
— Borao, reprit Leia. Nous voulons que vous annuliez la réclamation de RePlanetHab en notre faveur.
— On était les premiers. Et ces saligauds nous ont doublés, fit Yan. Et ça n’arrête pas de me titiller.
— Vous voulez que je vous donne une planète ? suffoqua Omas. Dans la Bordure Intérieure ?
— Pas à nous. (Leia lui indiqua les Ithoriens.) A nos clients.
Omas s’enfonça dans son siège et observa ces derniers – qui paraissaient soudain beaucoup moins lugubres.
— Je vois, dit-il. Si la décision m’appartient…
— Yan, tu te souviens des coordonnées du nouveau groupe de planètes ? demanda Leia. On a eu ce problème avec l’ordinateur de bord. Et je ne suis pas sûre que nous ayons fait un check-up…
— Je vais voir ce que je peux faire, déclara Omas, en se levant de nouveau. Mais comprenez bien que vous me forcez à violer la loi. Il me faut une dérogation spéciale.
— Dans ce cas, dépêchez-vous, dit Corran. Le problème de Qoribu doit être réglé très rapidement. Et je suis sûr que les Solo souhaitent que tout soit opérationnel à leur retour.
— Mais c’est quasiment impossible ! se défendit Omas.
Voyant Corran hausser les épaules, Omas se tourna vers Kenth qui semblait d’un coup beaucoup plus intéressé par les terrains d’entraînement. Puis il soupira et finit par déclarer :
— Mais je peux bloquer l’option de RePlanetHab. Il se tourna vers les Ithoriens et ajouta : Que cela prenne un mois ou dix, j’y arriverai. L’année prochaine, à la même époque, vous aurez de nouveau une planète à vous. Je vous donne ma parole de Chef d’Etat.
— C’est peu, déclara Yan qui venait lui aussi de se lever. Mais ça devrait faire l’affaire.
— Au contraire, Capitaine Solo. (Waoabi s’avança et tendit sa main aux longs doigts pour serrer celle d’Omas.) C’est plus que nous pouvions espérer. Merci infiniment.
La courtoisie de Waoabi aurait dû rassurer Leia, mais ce ne fut pas le cas. Au lieu de cela, elle se sentit triste, mal à l’aise et un petit peu salie par le compromis qu’elle avait été obligée de faire.
Qu’elle le veuille ou non, elle venait de faire son grand retour en politique.